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Travailler l’article 11 de la charte sur le droit à la pratique religieuse, avec un groupe de personnes ayant une déficience intellectuelle, Paris, France

  • Vie sociale et quotidienne : Autre
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par Anne Chabert d'Hyeres le 16/09/2013

Le texte de la charte des droits et libertés de la personne accueillie donne aux personnes handicapées des informations essentielles, mais il est tellement dense et complexe, qu’il en devient inaccessible. Nous nous sommes demandé comment le travailler avec eux en déjouant « cette inaccessibilité »...


1. Contexte : L’Arche International

L’Arche internationale a été créée en 1964 par Jean Vanier. C’est un réseau de communautés où vivent ensemble des personnes qui ont une déficience intellectuelle avec leurs aidants et leurs amis dans un esprit de mutualité et de partenariat. On compte près de 130 communautés aujourd’hui dans le monde, réparties sur les cinq continents. Si le Fondateur est de religion catholique, les communautés sont enracinées dans les religions locales, interconfessionnelles, voire inter-religieuses. A chaque fois, le lien avec la culture locale est privilégié. Il en est de même dans le rapport avec les Etats : L’Arche se positionne sur le modèle des autres institutions locales.

L’Arche accueille des personnes adultes ayant une déficience intellectuelle, construisant leur vie sociale, citoyenne et relationnelle. Des professionnels encadrent les nombreux jeunes volontaires qui viennent partager leur vie quelques temps avec les personnes qui ont une déficience intellectuelle. Enfin, des voisins et des amis interviennent également dans les communautés.
L’Arche s’ouvre aujourd’hui vers les handicaps acquis suite à des traumatismes ou maladies et qui auraient eu  des conséquences sur les capacités cognitives de l’adulte.

En France, l’Arche propose des accueils variés. Il peut s’agir de foyers traditionnels pouvant accueillir 5 à 10 personnes, mais aussi des ESAT – établissements de travail protégé-, des MAS – maison d’accueil spécialisé-, des FAM – Foyers d’accueil médicalisés -, des Foyers de vie, ou des SAVS – Service d’Accompagnement à la Vie Sociale -. Il y a donc différentes propositions qui permettent d’accueillir des personnes ayant un handicap lourd ou une plus grande autonomie.

2. L’objectif: tenir compte de cet article 11 et de ce droit au même titre que les autres

L’Arche est fondée sur une conception de l’homme qui inclut sa vie spirituelle. De la même manière qu’elle a le souci de l’hygiène des personnes qui ont une déficience intellectuelle, de leur réseau social et de leur vie professionnelle, elle s’intéresse à leur posture quant aux questions métaphysiques, philosophiques ou autres.
Le texte de la charte des droits et libertés donne aux personnes handicapées des informations essentielles, mais il est tellement dense et complexe, qu’il en devient inaccessible. Nous nous sommes demandé comment le travailler avec eux en déjouant « cette inaccessibilité ».

Nous avons évoqués les articles un à un dans le désordre pendant 3 ans. Cette année, nous avons consacré 3 séances à l’article 2 et 4 à l’article 11. Il nous reste les articles 5, 8, 9, 10 et 12 à étudier.
Nous n’avions pas de craintes à aborder l’article 11. En effet, le contexte de l’Arche donne beaucoup de liberté, les questions de la spiritualité ne sont pas tabou, au contraire. Nous avons toujours vécu la diversité en cette matière : L’Arche à Paris a été fondée par des étudiants qui étaient pour moitié athées et moitié pratiquants catholiques. Les personnes accueillies étaient elles aussi  pour moitié athées et moitié pratiquantes. C’est donc d’emblée que la conversation est née à l’Arche à Paris. 

Nous prenons du plaisir à évoquer des grandes questions comme « Que se passe t il après la mort ?» ou « qu’est ce que la vie ? ». Les religions font parti du patrimoine humain. Quand nous les abordons, nous n’avons pas de tentation de prosélytisme. Notre historique fait que ce n’est pas source de tensions.
Parmi les personnes du groupe il y a une diversité d’origines culturelle et religieuse : milieu bourgeois intellectuel, milieu plus populaire. Certains sont musulmans ou catholiques et d’autres athées. Les sensibilités sont très diverses.

3. Déroulement : le travail en groupe et les supports
 Depuis trois ans, nous réunissons un groupe de cinq à sept personnes, modéré par deux éducateurs facilitateurs, une fois par mois entre 19h et 21h, autour de la charte.

Nous pique-niquons ensemble d’abord, puis nous lisons l’article et la discussion démarre. Nous prenons note de chaque idée énoncée sur un paper-board en utilisant des mots et des dessins. Soit la personne qui a émit l’idée vient la dessiner, soit c’est l’animateur qui propose un dessin. Quand le paper board est plein, on l’affiche et on en démarre un nouveau. On peut produire 6 ou 7 paper board en une séance. On avance comme cela petit à petit jusqu’à la fin du temps de réunion, et rendez vous est ensuite donné pour la prochaine rencontre. Pour l’article 11, nous avons travaillé 4 séances. A chaque fois que l’on terminait une réunion, cela soulevait d’autres questions et nous donnait envie d’aborder une autre facette.

A la fin d’un thème l’un des modérateurs fait une retranscription des paper-board en proposant diverses conversions des dessins en pictogrammes ou illustrations plus élaborées. Lors de la séance suivante, les personnes du groupe corrigent et choisissent ce qui est le plus lisible. L’idée est d’aboutir à un document final destiné à une communication interne. Quelqu’un qui n’aurait pas participé aux réunions aurait du mal à comprendre les finesses du document sans les commentaires des membres du groupe. C’est pourquoi il nous est arrivé de filmer les personnes du groupe en train de commenter ce document. Cela leur a permis d’avoir à la fois le document et leurs commentaires à chaud, quand une présentation « à froid » aurait été difficile. Ils apprécient alors de proposer ces supports à leur travail ou au Foyer pour entamer le dialogue.

Notre idée est de créer un support à la discussion. Nous n’avons pas l’ambition de faire une traduction universelle simplifiée de la charte. Mais ce commentaire vivant est très riche et donne l’opportunité aux personnes de s’emparer des conversations du groupe pour les rediffuser ensuite à leurs collègues. 

4. Des moyens simples accessibles à tous

Les réunions concernant l’article 11 ont eu lieu exclusivement à l’Arche à Paris. Nous avons lancé ce projet et appris pendant que nous le réalisions. En effet, l’idée de dessiner nous est venue au fur et à mesure. Au début ce sont les animateurs qui dessinaient puis petit à petit les personnes du groupe se sont emparées de cet outil. Peu importe si le dessin n’est qu’un gribouillis noir, accompagné d’un son bizarre.Après élucidation ensemble de ce que le dessinateur voulait dire, dans le groupe nous savons que lorsque l’on fait ce gribouillis noir en disant « tut tut » cela correspond au train. Cela devient une convention entre nous. C’est un moyen très efficace de communication interne.

Ce projet est d’abord une affaire interne ; mais on s’aperçoit que lorsqu’on en parle à l’extérieur les gens s’en saisissent, l’améliorent et l’adaptent pour faire autrement. C’est dans cet esprit que nous partageons notre travail.

Les moyens nécessaires pour la mise en œuvre : une salle, un paper-board et des feutres suffisent pour la première partie. Ensuite la mise en forme nécessite un ordinateur avec un accès à internet ou aux banques de données d’illustrations et éventuellement un logiciel type Photoshop. Les banques d’illustrations « Screen beans » et « 3D Man » offrent des personnages en situation, ce qui permet de rendre compte de l’expérience des personnes et pas simplement de traduire en pictos un message mot à mot. La traduction mot à mot est trop strictement cérébrale pour rendre compte de l’expérience. Si elle est précieuse en d’autres circonstances, ici elle n’est pas adaptée. Les dessins de situations, sont plus aptes à mettre le corps en scène et donc à évoquer l’expérience de vie.

 

5. Evaluation, enseignements, perpectives
L’un de nos objectifs était l’investissement du groupe. Finalement les personnes se sont fortement impliquées et ont aujourd’hui une grande fierté du travail accompli qui se traduit par l’envie de rediffuser nos échanges à leurs collègues. Notre objectif est donc atteint.
Le document réalisé sur l’ensemble de la charte est cependant peut être un peu trop important puisque nous avons au moins une trentaine de pages A4. Nous verrons prochainement comment régler ce problème, peut être en isolant chaque article et en leur demandant quelle partie du document en particulier ils aimeraient soumettre.

En ce qui concerne la diffusion de cette méthode de travail, il est intéressant que chaque communauté s’approprie la méthode plutôt que de consommer simplement le document. Les conversations qui ont eu lieu étaient vraiment passionnantes. Nous recommandons cet outil aux structures car il permet de réfléchir ensemble. Le matériel est assez simple et le mode de communication aussi ce qui assure une grande fluidité dans l’échange. Grâce aux notes écrites et dessinées affichées sur les paper-board, les résidents ne sont pas soumis à notre mémoire d’éducateur mais ils ont sous les yeux, à leur disposition, tout le champ de la conversation qu’ils ont couvert.

Il ne faut pas minimiser les difficultés dans ce parcours. La première pour l’animateur est de savoir se taire pour écouter. Il faut absolument s’interdire d’amener les personnes vers trop de choses convenues pour nous satisfaire. Une fois  la conversation partie, elle doit suivre son propre chemin. Il y a une perte de pouvoir à laquelle il faut consentir. Il faut que les personnes s’emparent du matériel mis à leur disposition pour qu’elles prennent totalement possession de la conversation.

Les animateurs qui hésitent à se lancer en se disant : «oui, mais je ne sais pas dessiner », doivent se réjouir de cet « handicap/atout », car cela permet aux personnes de perdre leurs complexes et de se mettre à dessiner rapidement. L’essentiel n’étant pas de « bien dessiner », mais de se comprendre grâce à un langage visuel. Et de toutes façons, il y a plus tard la phase de traduction avec des dessins plus « présentables ».

La difficulté concernant les personnes non verbales est également surmontable. Il ne faut pas attendre qu’elles sachent répondre pour leur ouvrir la conversation. Il faut les inviter au groupe et commencer à parler ensemble « devant » elles.. Physiquement présentes, avec leur peau, leur sensibilité…, elles ont conscience qu’on s’adresse à elles et que le groupe est dans le désir de savoir ce qu’elles pensent. Avec le temps, on inventera avec elles des moyens de se faire comprendre. Participer librement, c’est aussi se dégager de « l’obligation de résultat immédiat ». Cela pourra prendre plusieurs années de trouver ensemble les bons modes d’expression et d’échange, mais l’important est de commencer la conversation avec elles. La première chose à faire est de leur faire crédit qu’elles pensent et ont des choses à dire. Confiants qu’ensuite on va inventer ensemble. Osons ouvrir la conversation sur ces sujets, on verra où est-ce qu’elles nous emmènent !
 

Langue d'origine : Français
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