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La mise en place d’ateliers d’insertion socioprofessionnelle à LA PAGE BLANCHE, un début de réponse aux besoins des jeunes handicapés intellectuels et à l’inquiétude des parents, Abidjan, Côte d’Ivoire

  • Travail et activité : Activités de jour
  • Afrique : Côte d'Ivoire
  • Fiche d'expérience

Par Dr DEM-NIACADIE, TOURE Béma le 27/06/2014

AREEA, la plus ancienne  association de parents d’enfants déficients intellectuels en Côte d’Ivoire

La Page Blanche est un centre médico-psycho-pédagogique, créé en 1991 par une association de parents d’enfants handicapés, réunis au sein de l’AREEA, « Association pour la Réinsertion des Enfants par une Education adaptée ». Le but de ces parents était d’initier une prise en charge de leurs enfants ayant un handicap psychique. Depuis 23 ans LA PAGE BLANCHE a évolué et accueille notamment des pensionnaires atteints d’infirmité motrice cérébrale (IMC), d’autisme, de psychoses infantiles, d’hyperactivité avec ou sans déficit attentionnel, de difficultés d’apprentissages et échec scolaire.

Nous accueillons actuellement 32 enfants et jeunes adultes, sur une capacité maximale de 35. Leur âge va de 6 à 30 ans. L’école est située à Abidjan Cocody deux Plateaux à la rue K 61. Nous disposons d’une grande villa de quatre chambres que nous avons dû aménager pour en faire une école. Nous louons cette villa assez chère, soit 575 000 FRCS CFA par mois. L’association étant  privée et à but non lucratif, nous vivons essentiellement de dons, de la contribution des parents à travers les frais de scolarité et aujourd’hui de quelques subventions du ministère de la santé et des affaires sociales.

Le projet de l’association était dans un premier temps de réunir autour d’une même cause les parents qui étaient concernés par les handicaps de leurs enfants. Ils souhaitaient donner à leurs enfants des moyens d’évoluer et de progresser vis-à-vis de leurs différentes difficultés. Les parents ont alors recruté du personnel à leurs frais pour s’occuper des enfants, les faire évoluer vers plus d’autonomie,  ou à défaut  maintenir les acquis et éviter que certains régressent. Le projet a évolué au cours des ans. Nous avons maintenant comme ambition  d’insérer certains enfants dans la vie professionnelle. La Page Blanche a vingt-trois ans et les premiers enfants accueillis sont aujourd’hui des jeunes-adultes pour lesquels nous cherchons une insertion socio-professionnelle, sous forme soit d’activité génératrice de revenus, soit d’activité rémunérée.

La Page Blanche face à la question du débouché socioprofessionnel

Le problème de l’insertion socio-professionnelle en Côte-d’Ivoire se pose à plusieurs niveaux.

Il y a, d’une part, la peur, la méconnaissance du handicap qui fait que les employeurs potentiels sont très méfiants. Ici le handicap psychique est toujours attaché à certaines connotations telles que la sorcellerie, un pacte avec le diable. « Ce sont des enfants serpents, ce ne sont pas des êtres humains », entend-on encore. Si le handicap moteur peut être attribué à la méchanceté d’une rivale, à un mauvais sort, dans la conscience populaire, il n’est pas dit qu’il porte malheur comme le handicap mental. La différence est essentielle.  Nous avons un travail de sensibilisation considérable à poursuivre.  Il faut d’abord faire connaître le handicap intellectuel et la personne handicapée intellectuelle. Savoir que ce sont des enfants et des jeunes-adultes comme tous les autres, avec des limitations au niveau intellectuel et moteur parfois.

D’autre part il n’existe pas de ligne budgétaire qui prennent en compte le handicap intellectuel. Nous avons une école pour sourds, une école pour les aveugles et malvoyants. Les handicapés moteurs peuvent entrer dans tous les systèmes normaux. Mais il n’existe aucune structure publique pour le handicap intellectuel. C’est pourquoi LA PAGE BLANCHE existe avec un statut privé. L’apport de l’Etat à la Page Blanche s’est limité pendant longtemps à l’affectation d’éducateurs spécialisés et préscolaires,  fonctionnaires d’état. Ils réduisent malgré tout la charge de LA PAGE BLANCHE car ils sont payés par le gouvernement. On se bat quotidiennement,  à toutes les réunions où lorsqu’il est question de  handicap on ne parle que de handicaps physiques ou sensoriels. Nous sommes là pour rappeler qu’il existe aussi le handicap psychique. Aussi lançons-nous des actions, certains qu’elles amèneront la preuve de leur nécessité et qu’elles seront prises en charge financièrement un jour par l’Etat.

Les activités professionnelles développées à LA PAGE BLANCHE

Nous avons, il y a déjà quelques années avec une société de la place, essayé avec nos jeunes de les initier au métier de pompiste. Ça c’est très bien passé. La seule difficulté qu’ils ont  eue était au niveau de la monnaie. Rendre la somme exacte reste difficile parce qu’ils ont encore quelques difficultés avec les calculs. Ils ont également fait un stage de lavage auto qui s’est également très bien passé. Nous continuons d’envoyer des courriers à des sociétés comme les pressings,  les supermarchés...  Notre but est d’amener  les jeunes à  pratiquer un stage et montrer à eux même et aux autres qu’ils sont capables de faire des tâches simples comme le rangement, le nettoyage.

Aujourd’hui pour pouvoir donner plus d’arguments,  nous avons initié sur place des activités en vue de leur insertion socio-professionnelle. Nous avons un atelier  pâtisserie et cuisine. Pour renforcer leurs capacités dans ce domaine, nous avons passé une journée au Lycée Professionnel Hôtelier d’Abidjan où les enfants ont pu se frotter aux réalités de la pâtisserie, de la cuisine et de l’hôtellerie. Nous avons demandé à cette école de nous ouvrir une brèche pour que nos enfants puissent venir faire formations pratiques dans ces différents domaines. Nous attendons la réponse.

Nous avons également une activité d’agropastoral, pour laquelle des éducateurs ont reçu une formation et transmettent aux enfants ce savoir-faire. Nous avons également une petite unité d’élevage de lapins au sein de l’école. Aujourd’hui nos enfants savent s’occuper des lapins.  Le but recherché est qu’ils puissent avoir leur propre unité d’élevage de lapins. Nous aimerions étendre cet élevage à d’autres animaux. L’élevage de lapins est relativement facile et les enfants ont l’expérience qu’il faut. Nous souhaitons également que nos enfants intègrent des structures étatiques notamment lelycée agricole.

Des moyens humains, techniques limités par l’absence de financement

Les ateliers ont été préparés par toute l’équipe psychopédagogique et paramédicale. Cette préparation a nécessité la formation des formateurs. En particulier l’un d’entre eux pour l’élevage de lapins au centre d’élevage de Bingerville. Il transmet cela aujourd’hui à nos enfants. Une autre s’est formée pour l’agriculture. C’est elle qui nous aide à choisir les bons semis, qui nous montre comment il faut planter comment et quand  il faut arroser. Aujourd’hui ces  éducateurs sont responsables des différents ateliers auquel participent les enfants. Nous regrettons l’absence de  partenariat établit en particulier avec le lycée agricole.  C’est toujours nous qui devons-nous déplacer ou leur demander du personnel de façon ponctuelle.

Pour cette activité agropastorale nous disposons actuellement d’un petit jardin dans le centre. Mais grâce à la maman d’un enfant autiste, nous disposons aussi d’un terrain de 600 mètres carrés. Après l’avoir défriché, nous allons essayer la culture vivrière sur ce site, avec nos maigres moyens. Mais auparavant il faut installer des latrines, il faut amener l’eau sur place, il faut avoir un gardien ou deux. Et nous cherchons également un financement pour pouvoir louer un bus pour transporter les enfants sur le terrain.

 

Enseignements, évaluation des premières actions en faveur de l’insertion socioprofessionnelle

C’est une grande satisfaction pour nous de voir les jeunes, quand ils arrivent chaque matin, se diriger vers les clapiers. Systématiquement ils savent qu’ils doivent aller s’occuper des lapins. Ils le font d’ailleurs très bien. Ils prennent beaucoup de soin à nettoyer les clapiers, à nourrir, à remplir les abreuvoirs. Nous avons vendu également des lapins. Ces ressources permettent de faire vivre l’activité. La rémunération se fait sous forme de petits cadeaux ou d’un grand repas partagé par tous les enfants au cours duquel ils reçoivent des sucreries,  des friandises. Au niveau de l’agropastoral également, les enfants ont déjà pu consommer sur place les produits qu’ils ont planté : des épinards, du manioc, du maïs, tout cela préparé ici à l’école et servir de déjeuner à nos enfants. On aimerait que la production se fasse à une échelle plus grande pour avoir les moyens de faire plus de choses.

Nous avons rencontré des difficultés avec  les clapiers car avec le temps les grillages ont été attaqués par la rouille. Beaucoup sont inutilisables actuellement car dangereux pour nos enfants. Le problème majeur de l’agropastoral est le financement de la poursuite de l’activité. Il faut acheter chaque fois la nourriture pour les lapins, il faut acheter des semences. Et les ventes n’y suffisent pas. Donc le problème est essentiellement financier.

Pour favoriser cette insertion à l’avenir, nous espérons que les écoles spécialisées dans le agropastoral et l’élevage sauront ouvrir à nos enfants leurs portes pour une formation beaucoup plus complète que ce que nous faisons ici. Nous aimerions aussi étendre cette activité et trouver les financements pour pouvoir exploiter le terrain offert en agropastorale.

Nous espérons que ces métiers deviendront à la longue une activité principale pour nos jeunes, génératrices de revenus, ou à défaut une des sources d’occupation, de valorisation et de reconnaissance de leur rôle dans la société.

 

 

 

 

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