Aller au contenu. | Aller à la navigation

Accueil La Clairière Observer, traduire ce que la personne cherche à dire, parfois sans la parole, une base de l’accompagnement à la Clairière, Arlon, Belgique
Pour aller plus loin
La Clairière
  • Rue de Sesselich, 236 6700 Arlon Belgique
  • + 32 063/22 04 26
  • info@nullla-clairiere-arlon.be
  • Carine Steux
  • c.steux@nullla-clairiere-arlon.be


Observer, traduire ce que la personne cherche à dire, parfois sans la parole, une base de l’accompagnement à la Clairière, Arlon, Belgique

  • Vie sociale et quotidienne : Projet de vie
  • Europe : Belgique
  • Fiche d'expérience

Par Carine Steux le 16/10/2017

Si nous avons fait de l’observation la base de notre travail, c’est pour que l’accompagnement soit adapté à chaque bénéficiaire. L’observation permet de prendre le temps, de voir les différents axes, évite d’émettre des jugements et d’aller trop vite vers des conclusions. On gagne du temps à prendre le temps de l’observation.

 

  1. Le contexte

 

Le siège de la Clairère se situe à Arlon, en Belgique wallonne. Nous disposons de 5 services agréés. L’hébergement, l’accueil de jour et les servies administratifs sont à Arlon, ainsi qu’un service de logement supervisé. Notre service d’accompagnement rayonne sur la moitié sud de la province de Luxembourg. A Florenville, nous avons une maison de ferme qui accueille 14 personnes. 

 

L’objectif de la Clairière depuis le départ est d’offrir une réponse variée aux besoins des bénéficiaires. Les questions politiques et financières sont en arrière-plan. Notre souci est avant tout d’individualiser les réponses. D’où des services différents, mais aussi un attachement à l’observation individuelle.

 

Les personnes accueillies dans nos services d’hébergement ou de jour sont principalement des personnes avec un handicap mental. Dans les services d’accompagnement, nous suivons des personnes ayant tout type de handicap y compris moteurs, sensoriels, ou avec des troubles psychiques.  

Globalement nous accueillons 120 personnes dont 45 environ sont hébergés, 15 viennent en journée et 60 sont accompagnées par nos services. La moyenne d’âge est d’environ 45 ans.   

 

 

  1. La finalité de l’expérience

 

 

Si nous avons fait de l’observation la base de notre travail, c’est pour que l’accompagnement soit adapté à chaque bénéficiaire. Leur verbal n’est pas toujours cohérent par rapport à leur comportement. Ils répondent souvent ce que l’on a envie d’entendre et font tout autre chose en réalité. L’observation permet de prendre le temps, de voir les différents axes, évite d’émettre des jugements et d’aller trop vite vers des conclusions. On gagne du temps à prendre le temps de l’observation.

On a un public qui pour certains, n’a pas de verbal. Si on n’est pas pointu dans notre observation, on passe à côté des réponses à leurs besoins. On a eu des personnes avec des troubles du comportement et nous avons eu des échecs. Les leçons de ces échecs nous ont poussés à aller vers des observations toujours plus pointues.

 

Mettre la personne au centre de son projet est une de nos quatre valeurs principales. C’est en la connaissant dans son mode d’expression que l’on  va entendre ce qu’elle projette et que nous allons faire son projet. Prendre dans l’assiette de son voisin, par exemple dit quelque chose. C’est par une analyse fine que l’on va comprendre ce qu’elle veut transmettre mais aussi ce qu’elle est, dans ce geste d’appropriation. L’observation permet de ne pas réduire la personne à ce geste et de ne pas oublier son historie de vie qui est longue et qui l’a construite.

 

 

  1. La traduction au quotidien de l’observation

 

 

On a une structure concrète de la journée qui défini les moments d’activité, de repos, de loisirs, d’échanges. Cela permet de voir les changements, les attitudes différentes. C’est une première base. On y observe les réussites, les échecs, les orientations différentes de ce qui était prévu. Le fait de prendre le temps, le fait de vivre des choses avec eux est une autre traduction de l’observation. Des activités de loisirs en journées complètes nous les font voir sous un jour différent de leur quotidien. L’observation n’est pas quelque chose de froid et distant, c’est aller à sa rencontre, là ou la personne est.

 

Cela passe par un vécu relationnel. Les éducateurs doivent être à même de traduire tout cela pour que l’information puisse être transmise. On reformule régulièrement, presque systématiquement pour certains. On étudie aussi les réactions. Si la personne voit qu’on a compris elle le manifeste, sinon elle s’en va. Chez les non verbaux, on cherche les problèmes somatiques qui expliqueraient des comportements. Même en service d’accompagnement, ils ne savent pas dire, car ils ont une mauvaise idée de leur schéma corporel. 

Il y a aussi un échange en équipe pluridisciplinaire. C’est très important. On essaie de ne pas avoir de jugement prédéfini.

 

Du fait de la diversité des handicaps, l’observation reste toujours un défi. La médecine parfois ne sait pas, plus. On a des gens qui ont des réactions inverses à la médication. Le temps est alors un allié. La vie collective et le quotidien ritualisé peuvent amener à moins observer. Nos croyances personnelles interviennent également. Chaque accompagnant en fonction de son parcours de vie a ses propres priorités dans son accompagnement.

 

 

  1. Les moyens de l’observation

 

Les gens qui travaillent à La Clairière sont tous diplômés, principalement comme éducateurs spécialisés.  Par ailleurs, nous développons cet état d’esprit. Nous nous faisons accompagner, dans des situations difficiles par un service tiers qui travaille sur le double diagnostic. L’échange avec des tiers extérieurs nous a poussés à retravailler nos hypothèses.

On a des journées pédagogiques pour reprendre ces questions et des réunions d’équipe tous les 15 jours pour revisiter nos pratiques

 

 

Du point de vue des méthodes, dans tous nos projets de service on parle de la pyramide de Maslow. Sinon on fait référence aux quatre valeurs du projet associatif : le respect, l’ouverture, la personne au centre de son projet, le professionnalisme.

Quand quelque chose ne tourne pas rond, reprendre ces valeurs permet de sortir de son angle de vue personnel.

Au niveau de la vie affective, on a défini des lignes de conduite.

Par ailleurs on a des fiches qui reprennent les protocoles très précis pour l’accompagnement de certaines personnes afin de donner à chacun des repères communs. On utilise le langage facile à lire, et les pictogrammes pour les discommunicants.

 

  1. Quelle évaluation faites-vous aujourd’hui ?

 

Je pense que nous avons atteint un bon niveau dans les objectifs que nous nous sommes fixés. Nos observations nous rassurent. Mais il n’en reste pas moins que le jour où nous estimerons être arrivés, nous allons à la catastrophe.

De manière globale tout le monde évolue, bénéficiaires comme accompagnants. Nous constatons un mieux être chez tout le monde. La satisfaction d’avoir relevé des défis, pas tous cependant, est une satisfaction pour le personnel. Une meilleure confiance au niveau des familles s’est installée, même, si parfois on doit mettre certaines à distance. Un résident compris et écouté a des chances de se sentir mieux.

Du fait de notre  observation fine, les services médicaux et extérieurs nous font plus confiance, il y a un meilleur échange et la complémentarité se trouve plus naturellement. On a aussi développé notre créativité.

 

Cependant, régulièrement la peur affleure encore. Quand les bénéficiaires entre eux ou les éducateurs viennent à l’éprouver, alors il fait redoubler de vigilance. Il y faut décrypter les signaux d’alerte annonçant par où cela relâche ou prévenant d’un changement qui revient. Le supportable par une équipe est toujours relatif. Il faut y veiller. Parfois c’est un regard extérieur qui nous rappelle qu’on a dépassé la limite, que cela n’a pas ou plus de sens

L’observation doit rester un outil. Si on n’a pas le sens et la finalité, même avec l’observation on n’arrive à rien. Définir ce que l’on observe  et pourquoi on cherche à l’observer nous permet de garder le sens de l’observation.

 

En conclusion, mon conseil serait de ne jamais perdre de vue que c’est le bénéficiaire qui est au centre. Il est souhaitable de ne pas s’arrêter au handicap, même si c’est un élément qu’il faut prendre en compte. Etre créatif, oser, prendre des risques d’une certaine façon, fait toute la richesse de notre métier.

D'après une interview de Mme Steux

 

 

 

 
   

 

 

 

 

 

 

 

 

Langue d'origine : Français
Ajouter un commentaire

Vous pouvez ajouter un commentaire en complétant le formulaire ci-dessous. Le format doit être plain text. Les url et les courriels sont transformés en liens cliquables. Les commentaires sont modérés.

Question: 15 - 5 = ?
Votre réponse: