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Les marionnettes, une médiation orthophonique face aux difficultés de communication - France

  • Enfance : Développement, éveil
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par Marie-Agnès Valentini le 10/12/2013

L'atelier de marionnettes en petits groupes d'enfants est une modalité de prise en charge orthophonique originale. Elle permet de contourner certaines difficultés de communication notamment chez de jeunes enfant en situation de déficience intellectuelle.

Le contexte :

 

L’atelier marionnettes est en place dans l’Institut Médico-Éducatif Les Lilas depuis 2005. Toutes les semaines, il est animé par l’orthophoniste et l’éducatrice spécialisée, au sein des locaux habituels réservés aux enfants du groupe des Petits. Il s’agit d’enfants âgés de 6 à 8 ans réunis par groupes de 4 ou 5.

Ces enfants, ayant une déficience mentale, sont à l’orée du langage, en difficulté de communication, utilisant ou non des gestes de substitution. Certains possèdent quelques mots mais ne les utilisent pas forcément pour communiquer. Ils présentent des difficultés très diverses telles que : inhibition, logorrhée, jargon, bégaiement, dysharmonie, agitation, opposition, manque d’attention, défaut de contact, manque de distance, niveau de compréhension très modeste, intérêt parfois inexistant pour les messages oraux.

 

Objectifs généraux

 

En tant qu’orthophoniste, nous avons à notre disposition avec le théâtre de marionnettes un formidable médiateur de langage. Il offre aux la possibilité d’explorer différentes situations pour permettre aux enfants d’améliorer leur langage et leur communication.

Tout d’abord, comme la marionnette en elle-même est inerte, son visage figé, c’est à son manipulateur de s’ingénier pour lui donner vie et mouvement. Or, c’est le mouvement ou  la voix qui permettent d’attribuer les paroles à l’un ou l’autre des personnages. Les enfants en manipulant eux-mêmes leur personnage prennent ce pouvoir de donner vie, parole et identité

. Le théâtre de marionnettes permet de travailler les praxies bucco-faciales, le tour de rôle, le pointage, l’attention, la dénomination, le dialogue, la prosodie, la voix, la voix projetée, l’expression orale, la compréhension , l’écoute et par-dessus tout le plaisir !

Par ailleurs, cette pratique permet de comprendre et d’exprimer ’apprendre à exprimer sentiments et émotions, aidant ainsi également l’enfant à développer sa personnalité., La marionnette va pouvoir dire des choses que l’enfant n’énonce pas lui-même, le désinhiber.

 

Déroulement d’une séance

 

         Chaque séance suit un déroulement rituel :

1/ Le Bonjour préalable : effectué le matin dans le groupe, il permet d’évoquer l’atelier qui aura lieu à 11 heures. Ceci l’inscrit dans le déroulement de la journée (Repérage temporel)

2/ Le temps de préparation : l’orthophoniste prépare la séance (projet de langage pour chaque enfant, scénario, accessoires, costumes), tandis que les enfants installent les coussins autour du castelet (Anticipation et projection dans le temps)

3/ L’appel : Chaque enfant identifie en début de séance l’étiquette correspondant à son prénom pour signifier sa présence (Abord du langage écrit et présentation de soi)

4/ L’évocation de la séance précédente : Un enfant, qui s’exprime par gestes et par mimes, se souvient dans le spectacle précédent, Marie devait aller acheter du pain et le journal pour sa maman : il dit /un pain/ et /nal/. Plus tard, il intègre des actions: « é sinze bêtise à renouille » (c’est le singe qui a fait une farce à la grenouille). (cela permet de travailler la Mémoire différée et l’expression orale).

5/ Le spectacle réalisé par l’éducatrice et l’orthophoniste : il commence immanquablement par une comptine « Marie, Marion, Marionnettes » Les enfants la chantent en tapant dans les mains. Il se termine sur une petite chansonnette. Certains enfants adoptent rapidement ces mélodies (Repères et cadre). Vient ensuite le temps de la représentation proprement dite :  Une semaine sur deux c’est la famille Martin qui monte en scène : La mère, le père, la fille aînée, Marie, plus raisonnable que son frère Léo. Il y a également des grands parents et quelques adjuvants (médecins, maîtresse, père Noël…). Les scénarios sont proches du quotidien des enfants (rentrée, bras cassé, anniversaire, carnaval, départ en vacances, séparation, ramassage de noisettes, arrivée ou départ de quelqu’un, rencontre au parc de Sceaux avec une dame qui donne des haricots comme friandise à son chien…). Tout est bon pour leur permettre de mettre des mots sur ce qu’ils vivent, d’exprimer plaisir et émotions, de se retrouver dans ce spectacle. Il est souhaitable de choisir des thèmes en lien avec les évènements vécus par les enfants au cours de la semaine. L’autre semaine ce sont les animaux qui se donnent en spectacle. Ils sont plus débridés et peuvent se permettre plus de fantaisie. Ils sont voleurs, menteurs, farceurs, énervés, envieux, beaux ou moches, amis ou ennemis, ils ont peur des prédateurs, se disputent, disent des petits gros mots, s’entraident ou se dévorent. Chacun l’aura compris, eux aussi sont très proches des enfants mais avec une petite distance qui permet d’aborder des problématiques différentes. (notions de plaisir, compréhension des situations et des dialogues. Travail des émotions et des ressentis) ; Une fois le spectacle terminé, place à l’évocation par les enfants de tout ce à quoi ils viennent d’assister (Mémoire immédiate et l’expression orale)

6/ La représentation des enfants : À tour de rôle, les enfants se voient présenter une des marionnettes animalières et ils doivent essayer de la nommer, d’émettre le cri de l’animal, le cri est repris collectivement. La bête elle-même, animée par un des encadrants, va questionner l’enfant. « Comment je m’appelle ? Tu me reconnais ? Je suis tout doux à caresser. Je suis le ch… (Approche contextuelle ou ébauche orale, plus ou moins importante, selon la capacité de chacun). (Vocabulaire et  praxies bucco faciales). Ensuite, le nom d’un enfant est tiré au sort, parmi les étiquettes des présents. L’enfant désigné va présenter un spectacle de deux minutes aux autres. Le temps est matérialisé par une horloge qui visualise la durée par un disque rouge qui disparaît au fur et à mesure. Certains enfants ont besoin de l’éducatrice avec eux pour pouvoir aller derrière le castelet, en fin d’année tous y parviennent seuls. D’autres ont du mal à enfiler les marionnettes, les manipuler, les sortir pour qu’elles soient visibles, les orienter vers le public. Selon les capacités de chacun, les marionnettes ouvrent le rideau, apparaissent, bougent, parlent, disent bonjour et au revoir, referment le rideau. Peu d’enfants parviennent à présenter un petit scénario. Lorsqu’il existe il est souvent répétitif, leurs marionnettes échangent alors autour d’un thème : Un anniversaire avec ébauche de la chanson de joyeux anniversaire ; Un jeu de cache-cache avec une comptine numérique selon leurs moyens « un, deux, quatre, si… » ; Une reprise d’un élément du spectacle qui vient de leur être présenté ; Une farce, qui consiste généralement à jeter l’autre par-dessus bord… ; Un conflit avec des tons et parfois des propos très significatifs. Toutefois, s’il leur arrive d’être grossières entre elles, les marionnettes n’ont pas le droit d’injurier les spectateurs (Expression scénique, prise de confiance).

7/ L’au revoir : Un « au revoir » rapide et les enfants raccompagnent l’orthophoniste à son bureau en l’aidant à porter le matériel. C’est l’occasion de les familiariser avec ce lieu…

 

 

Le matériel et le mode d’organisation requis :

 

1/ Les modalités d’encadrement : Les enfants sont accueillis par groupes de 4 ou 5, l’accueil en groupe et le travail interdisciplinaire étant, pour un orthophoniste, des privilèges du travail en institution. La présence de l’éducatrice à ses côtés permet de cadrer, desécuriser les enfants et également de croiser les regards professionnels. C’est aussie l’occasion d’effectuer un relai en évoquant par la suite le travail effectué lors de l’atelier marionnettes au cours des activités de la semaine.

Le travail en groupe offre une dynamique et des situations de langage plus naturelles, car  les enfants sont de bons interlocuteurs entre eux. Cette modalité de travail présente une alternative pour des enfants encore peu disponibles pour une prise en charge orthophonique individuelle.

2/ Les conditions matérielles : l’atelier se déroule autour du castelet, des coussins disposés en demi-cercle tout autour, pour que les enfants puissent y prendre place. Des dispositifs sont également installés derrière le castelet, pour accueillir l’enfant appelé à proposer sa propre représentation lors de la séance et lui permettre d’être à la bonne hauteur.

Une des idées de départ était également de faire fabriquer à chaque enfant sa propre marionnette. Cependant, les difficultés liées à l’élaboration du schéma corporel ont contraint ce projet à des ambitions plus modestes : finalement, les enfants ont –avec l’aide de l’adulte- choisi les tissus et les coloris, positionné approximativement des yeux, une bouche et une coiffure, en confectionnant devant eux la robe dont ils ont choisi le tissu. Ainsi, chaque enfant possède sa marionnette et peut l’emporter chez lui lorsqu’il quitte le groupe.

 

 

Quelles sont les limites à prendre en compte ?

 

Les enfants que nous accueillons ont un rapport à la réalité parfois très confus, c’est pourquoi nous avons choisi de rester, au sein de cet atelier, proche de leur réalité. Certes les animaux parlent, l’espace et le temps sont déformés grâce à la flexibilité du théâtre, mais, en dehors de ces éléments particuliers, nous maintenons un cadre plausible. Nous évitons délibérément de nous situer dans un imaginaire sans limite, univers de magie, de fées ou de sorcières, où tout pourrait basculer d’un instant à l’autre.

Si l’identification au personnage a des vertus, il faut prendre garde à la fusion de personnalité entre l’enfant et sa marionnette. Voici quelques signaux d’alerte : Le fait que l’enfant ne parvienne pas à animer son personnage sans le soutien du regard de l’adulte, que ce soit lui qui nous parle et pas sa marionnette, qu’il réponde « moi » ou bien son prénom lorsqu’on  demande à sa marionnette : « qui est là ? ».  Nous restons très vigilants car nous pensons que cette confusion et ce manque de limite entre l’enfant et la marionnette au bout de son bras sont une contre indication thérapeutique. Il faut que l’enfant comprenne qu’il n’est pas la marionnette et que ce n’est pas lui qui est en scène. Les indications de prises en charge dans l’atelier sont toujours discutées avec le médecin psychiatre référent de l’enfant.

 

 

(en lien avec l’article « Les marionnettes : un formidable médiateur de langage » paru dans ORTHO magazine - n° 92 - janvier-février 2011 et « Marionnettes et thérapies », bulletin 3 et 4 - 2011)

Langue d'origine : Français
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