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Accueil Association Vie et Avenir Accompagner les personnes handicapées mentales vieillissantes dans leur désir de continuer à vivre en appartement à l'approche de la retraite, le SAPHMA Vie et avenir, Paris, France.
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Accompagner les personnes handicapées mentales vieillissantes dans leur désir de continuer à vivre en appartement à l'approche de la retraite, le SAPHMA Vie et avenir, Paris, France.

  • Résidentiel : Accompagnement
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par Sébastien Faure le 15/04/2011

Le SAPHMA s'adresse aux personnes proches de la retraite ou retraitées, ayant toujours vécu en appartement. Il a pour mission de les accompagner dans leur projet de retraite.

 

 

Contexte

 

« Vie et Avenir » est née de la rencontre, en 1977, de parents d’enfants présentant une déficience intellectuelle légère. Ces parents ont mis en commun leurs réflexions afin de pouvoir proposer à leurs enfants, une fois devenus adultes, de vivre en appartement comme tout le monde. Conscients des difficultés de leurs enfants, ils savaient qu’une aide leur serait nécessaire.

 

Ainsi en 1982, l’association crée le premier service d’accompagnement. A l’époque, ce type de dispositif n’existe pas et le service s’ouvre donc à titre expérimental. Il est vrai que suite à la loi de 1975, les pouvoirs publics privilégient l’intégration de la personne par le travail et les structures d’hébergement sont donc créées autour du travail. Mais certains parents, dont les enfants s’étaient intégrés en milieu ordinaire, souhaitaient aussi une intégration en habitat ordinaire.

 

Les membres de l’association n’étaient pas à contre courant mais plutôt considérés comme novateurs dans leurs propositions.

 

Ce premier service gère à l’époque 12 adultes. Ils sont aujourd’hui 90 à vivre en appartement individuel. Les personnes sont soit propriétaires, soit locataires de logements HLM ou de parc privé.

Le service s’adresse aux personnes présentant une déficience intellectuelle légère et étant en situation de travail. Il faut qu’elles puissent avoir accès à leurs revenus (pas de personnes sous tutelles), qu’elles aient la gestion de leurs salaires et de l’AAH. Ces conditions étaient là encore innovantes pour l’époque.

 

Au début des années 1990, le Conseil d’administration a anticipé le problème du vieillissement des enfants et de l’approche de la retraite. Après plusieurs enquêtes au sein des ESAT (CAT à l’époque), il est apparu évident que de nombreux travailleurs allaient bientôt partir en retraite et qu’il était plus que nécessaire de proposer des mesures d’accompagnement durant ce moment de vie spécifique que représente le passage à la retraite.

 

De ce fait, un service, le SAPHMA (Service d’Accompagnement pour Personnes Handicapées Mentales Agées) a été créé en 2001, s’adressant à 24 adultes. Ils sont aujourd’hui 31, âgés de 52 à 75 ans mais le service souhaite monter ce chiffre à 40 très prochainement. La moyenne d’âge est de 62 ans. Ce service est basé sur la libre-adhésion, les personnes accompagnées acceptent la nature de l’accompagnement à savoir une visite à domicile, quotidienne, afin de la conseiller et de l’aider dans son projet d’appartement, mais aussi la possibilité pour elle de participer à des activités organisées au sein du service. Il s’agit toujours de rechercher des compromis et en aucun cas d’imposer une décision qui n’aura pas été celle de la personne.

 

En 2002, le Conseil d’administration a entamé une nouvelle réflexion sur l’isolement et les problèmes de santé dont les personnes en situation de handicap étaient susceptibles de souffrir. En mai 2010, le projet « la Maisonnée » a vu le jour. Il s’agit d’un SAMSAH associé à 20 appartements dont l’association est locataire. Elle sous-loue ces appartements aux adultes, de façon indéterminée, l’accompagnement pouvant aller jusqu’à la fin de vie.

 

« Vie et Avenir est donc une association exerçant des missions d’accompagnement et de maintien à domicile.150 adultes sont ainsi suivis au sein des 3 services.

 

 

Mise en œuvre : Le fonctionnement du SAPHMA

 

Le SAPHMA s’adresse aux personnes proches de la retraite ou retraitées, ayant toujours vécu en appartement. Il a pour mission de les accompagner dans leur projet de retraite, en leur proposant un accompagnement à domicile ainsi que des activités ludiques visant à favoriser le lien social.

 

  • Premier volet : l’accompagnement à domicile

 

Cet accompagnement se traduit notamment par l’intervention hebdomadaire (une fois par semaine minimum) d’un éducateur référent dans l’appartement de l’adulte. Il est possible parfois, de renforcer cet accompagnement, mais de façon temporaire.

 

L’éducateur effectue avec la personne tout un travail autour de la gestion des papiers administratifs. Il aide et conseille celle-ci en matière de gestion financière. L’entretien de l’appartement, l’alimentation et la santé sont des thèmes également abordés et travaillés. L’éducateur peut aider la personne à gérer son temps libre, à établir une nouvelle organisation de ce dernier lorsqu’elle devient retraitée. Il faut l’aider à faire le deuil de sa vie antérieure, lui permettant ainsi d’en démarrer une nouvelle en toute confiance.

 

 

La santé constitue un pan majeur de l’accompagnement car les adultes minimisent souvent leurs problèmes de santé et possèdent une incroyable capacité à endurer la douleur. Les éducateurs essaient d’apporter des éléments de compréhension au médecin (vérifier que ce dernier est au courant du handicap mental de la personne). Ils peuvent également aider la personne à  trouver un médecin traitant.

 

Des accompagnements spécialisés sont mis en place pour des personnes ayant la santé fragile en raison de leur trajectoire de vie. Elles ont pu avoir des conduites particulières au niveau de leur alimentation (obésité, diabète en sont les conséquences). Des problèmes cardiologiques, urologiques, orthopédiques surviennent également, renforçant l’isolement. La  mise en relation avec des professionnels de santé est donc primordiale et va jusqu’à accompagner aux rendez-vous médicaux, toujours avec l’accord de la personne bien entendu.

 

L’objectif est de pouvoir restituer à l’adulte le contenu du rendez-vous et s’assurer de sa bonne compréhension. Souvent, une modification du traitement génère du stress, que l’éducateur doit réussir à canaliser. La minimisation des problèmes de santé peut aboutir à des situations catastrophiques. Par exemple l’opération de la cataracte peut être source d’une angoisse intense, et les adultes préfèrent souvent ne pas évoquer leurs problèmes de vue afin d’éviter d’être confrontée à cette opération. Lorsque cela n’est pas décelé à temps, la perte de la vue est inévitable, d’où l’importance de l’accompagnement, qui peut empêcher ce genre de situations dramatiques.

 

 

  • Second volet : une permanence disposant de nombreuses activités ludiques

 

Une éducatrice tient la permanence tous les après-midis. Divers ateliers sont mis en place tout au long de la semaine :

 

  • Lundi matin : atelier cuisine
  • Lundi après-midi : atelier journal
  • Mardi après-midi : atelier psychomotricité animée par une psychomotricienne
  • Mercredi après-midi : ateliers chant et mosaïque, en alternance une semaine sur deux
  • Jeudi : atelier décoration
  • Vendredi : atelier gymnastique douce
  • Samedi : La permanence est ouverte de 10 à 17 h et propose des repas préparés par les adultes.

 

Si la permanence est ouverte à tous, cela ne signifie pas que les adultes sont obligés de faire des activités. Ils peuvent simplement être là pour discuter, échanger.

 

En automne, période peu aisée à passer et souvent synonyme de tristesse voire dépression pour certains adultes, le SAPHMA organise un séjour à l’étranger.

 

Beaucoup de places de théâtre, cinéma et  concert sont également mis à disposition par l’association « Culture du cœur ». En soirée, des sorties bowling, cinéma, musée, expositions sont proposées. Le planning du service s’adapte en fonction des propositions extérieures et des besoins des adultes.  

 

Il est vrai que le passage à la retraite constitue une véritable rupture avec un lieu très investi par les adultes : l’ESAT reste un pôle d’investissement important aussi bien aux plans professionnel, social, loisirs, et financier. Quand il y a cessation d’activité, le risque d’isolement ne doit pas être négligé. Voilà pourquoi le SAPHMA met à disposition tous ces outils, ces moments qui doivent permettre la rencontre, le développement du lien social. Les adultes vont s’aider mutuellement et basculer dans une dynamique de création, de projets novateurs.

 

 

Moyens

 

  • Au plan humain : le service dispose de 4 travailleurs sociaux de formation AS et éducateurs spécialisés, d’une psychomotricienne (présente une après-midi par semaine), d’une secrétaire (à 0.65 ETP) et d’un chef de service à temps plein.

 

  • Au plan financier : Le service est financé par dotation globale du département, c’est-à-dire qu’il dispose d’une enveloppe annuelle pour pouvoir accompagner les 31 adultes.

 

Les adultes ont la possibilité de cotiser 4 euros par mois à l’association, soit 48 euros par an. Il arrive que le service demande une participation symbolique lors de certaines manifestions (1.50 euros pour la séance de cinéma, le service prenant le reste à sa charge). Les séjours prévus sont entièrement payés par la personne.

 

  • Au plan matériel : Un don important d’un parent a permis d’acheter le local dans lequel est situé le service. L’association n’est pour pas pour autant propriétaire des autres locaux. Une convention avec Paris-Habitat a été signée pour les appartements.

 

 

Evaluation

 

 

Les adultes arrivent à voir les avantages d’être suivis par le SAPHMA. Pour illustrer ce propos, les personnes accompagnées gèrent leur budget de façon responsable et ont une idée bien ancrée dans la réalité de ce dernier. Cela leur permet de pouvoir par exemple mettre de l’argent de côté pour les vacances.

 

Si les personnes ne bénéficiaient pas de cet accompagnement, il va sans dire que certaines d’entre elles ne seraient déjà plus là. En effet, de nombreux problèmes de santé ont été décelés grâce à l’accompagnement. De même, la grande majorité des personnes ne pourrait plus forcément vivre en appartement, cette vie étant incompatible avec les graves pathologies dont elles souffrent et le traitement lourd qu’elles doivent suivre scrupuleusement.

 

Le service permet donc aux personnes d’avoir une vie assez bien structurée et de faire parfois bien plus d’activités que les personnes âgées non-handicapées.

 

Il faut prendre en compte le fait que les personnes en question n’ont pas forcément fondé de familles, et que leur réseau social était principalement leur réseau professionnel. Une fois à la retraite,  il faut trouver du sens à sa vie, rencontrer des gens, se découvrir de nouvelles passions, de nouveaux intérêts, ce que permet le SAPHMA à travers les activités et l’accompagnement qu’il propose.

 

Tout cela nous interroge sur le fait qu’il est plus que nécessaire de créer des structures adaptées à ces personnes, dont le nombre ne va cesser d’augmenter ces prochaines années. Il est d’ailleurs assez étrange que de grosses associations, directement touchées par le vieillissement, n’apportent pas de réponses concrètes à ce phénomène. Actuellement le SAPHMA est le seul service d’accompagnement de ce type à Paris.

 

Le coût financier reste un problème important, car le secteur du handicap vient se rajouter au dispositif des personnes âgées, déjà conséquent. Il faudra très certainement envisager une mutualisation des professionnels, des établissements et d’échanger de manière à obtenir une prise en charge des plus efficaces. Le secteur gérontologique peut être source de savoirs, de méthodes dont peut s’inspirer le secteur du handicap mental, et inversement. Plusieurs problématiques devront cependant être abordées. En effet, un retraité d’ESAT de 60 ans pourra-t-il trouver un sens à sa vie dans une structure accueillant des personnes âgées de plus 85 ans ? Cela paraît peu probable.


    Langue d'origine : Français
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