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Accueil Approfondir le dialogue avec les familles pour le bien être de l'enfant au centre El Hana, Annaba, Algérie


Approfondir le dialogue avec les familles pour le bien être de l'enfant au centre El Hana, Annaba, Algérie

  • Vie sociale et quotidienne : Vie personnelle et affective
  • Afrique : Algérie
  • Fiche d'expérience

Par Handiplanet le 05/08/2010

Nous avons cherché à approfondir le dialogue avec les parents pour mieux comprendre le comportement de l'enfant dans le centre, afin de corriger notre pédagogie et d'individualiser nos méthodes.

Approfondir le dialogue avec les familles pour le bien être de l'enfant

Contexte
L'association d'aide aux enfants handicapés de Annaba est une association privée fondée en 1981. Elle gère le centre El Hana ouvert en 1987. Il est situé en zone périurbaine, à environ trois kilomètres de la ville. Ce centre accueille environ 100 personnes handicapées dont environ 60 enfants entre 6 et 15 ans, répartis dans huit groupes de niveau et 40 jeunes et adultes, répartis dans six groupes dont deux ateliers professionnels consacrés à la poterie et la céramique. Il n'y a pas de limite d'âge pour l'accueil.
 La population du centre présente une débilité moyenne à légère, déficiences dues principalement à la trisomie, l'épilepsie, les séquelles de méningites et l'anoxie. L'établissement est ouvert de jour, et suit les périodes de vacances scolaires.
Il est fermé deux mois en été en juillet et août. Un ramassage scolaire est en place le matin et le soir.
Le personnel outre la directrice comprend une psychologue, six éducatrices spécialisées, et neuf aide éducateurs en cours de formation dont un qui est formé à la poterie et s'occupe plus particulièrement de cette activité avec les adultes.
Le financement est assuré par une aide publique à hauteur de 320 dinars par enfant et par jour de présence. Des fonds privés et des dons, recherchés activement par l'association complètent cette dotation, à hauteur de 50 %.
Le centre bénéficie de quelques dons en nature comme le pain par exemple.

Finalités

Nous avons cherché à approfondir le dialogue avec les parents pour mieux comprendre le comportement de l'enfant dans le centre, afin de corriger notre pédagogie et d'individualiser nos méthodes. Certains d'entre eux présentaient une tristesse ou un comportement excessif dont nous ne trouvions pas la cause, tout en soupçonnant qu'elle soit dans son milieu familial.
Nous étions persuadé de notre rôle à jouer dans la guidance parentale et cherchions à associer les parents à notre action auprès de l'enfant. La plupart d'entre eux manifestent peu d'intérêt pour ce qui se fait au centre. Pour la moitié d'entre eux, c'est une garderie. Nous voulions donc les impliquer dans le suivi et changer leur regard sur leur enfant et ses besoins. Il fait dire que 90 % des enfants sont issus de familles défavorisées dont 70% sont illettrées.

Notre action et son déroulement

Il y a quelques années devant cette constatation, nous avions organisé des visites sous la forme d'une journée ouverte aux mamans. Mais nous nous sommes rendu compte que cela n'avait pas l'effet souhaitable, car la continuité n'était pas assurée et cela ne nous donnait que peu d'éléments sur la vie de l'enfant dans sa famille.
Nous convoquons bien les parents quand une question se pose. Mais ils ne se déplacent pas facilement invoquant l'éloignement du centre, le manque de temps pour ne pas dire le manque d'intérêt.

Nous sommes arrivés à la conclusion qu'une visite de notre part au domicile de toutes les enfants accueillis ne pouvait présenter que des avantages pour instituer le dialogue, mieux comprendre le milieu dans lequel évolue l'enfant, voir le lieu et ses habitudes de vie.
Nous avons travaillé un questionnaire regroupant toutes les interrogations sur ces thèmes. Trois réunions ont été nécessaires pour l'établir et faire le programme des visites. Nous avons prévenu les parents de notre démarche. Aucun ne s'y est opposé, bien au contraire, et tous nous ont invité favorablement.

Deux éducatrices accompagnées parfois de la psychologue se déplacent et restent environ ¾ heure à une heure, accueillis avec la tradition. Nous parlons à partir du questionnaire, mais parfois le quittons emportés par la conversation. Un rapport est élaboré suite à la visite et mis dans le dossier de l'enfant. A l'issue de 10 visites, à l'occasion du débat pédagogique du lundi après midi, un compte rendu est présenté de ces entretiens, ouvert sur un débat avec toute l'équipe et met en valeur les points forts et soulève les points faibles qui ont retenu notre attention.

Concernant la guidance parentale, qui est une suite de cette action, elle se met en place petit à petit.
En voici un exemple :
D'une manière générale, l'approche des vacances est vécue comme une déchirure par les enfants et les vacances comme une période difficile par les parents. Certains nous téléphonent pour exprimer leurs craintes et demandent des conseils pour canaliser le comportement de leurs filles qui change radicalement dans leur famille de celui qu'elles ont au centre. C'est parce que la confiance est établie que cet échange est possible.
En tant qu'éducatrice du centre j'ai décidé de préparer cette rupture des vacances pour les jeunes femmes de l'atelier. J'ai recours à un tableau de 70 cases représentant les 70 jours de vacances. Ce tableau joue un rôle médiateur entre le centre et la famille. La jeune femme peut y mettre une croix chaque fois que son comportement dans sa famille est excessif. Elle se relie ainsi à une règle de vie collective qu'elle accepte facilement au centre, mais plus difficilement sous le regard négatif de son milieu familial.
Cet outil est un trait d'union entre les parents et le centre.
 J'ai donné par ailleurs un ouvrage à réaliser pendant cette période, qui résume toutes les initiations à la couture qu'elles ont eues durant cette période. Cela permet d'avoir une activité valorisante pendant l'été et d'attirer un regard positif de la famille. Le sentiment d'utilité sociale développé au centre se poursuit à la maison par ce travail artisanal, reconnu par la société.

Enseignements : 

Avant nos visites, certains parents nous ont reproché de "donner trop d'affection" aux enfants, et "qu'il n'en reste plus pour les parents". En cela le centre pouvait être vécu comme un "concurrent" accepté de plus ou moins bon gré.

Cette action nous a permis de mettre au clair nos rapports avec les familles, de nous interroger et de questionner nos pratiques. Certaines situations ont été décryptées. Des jeunes décrivaient leur milieu comme très hostile. Nous nous sommes rendu compte que ce n'était pas toujours le cas. Par contre certaines situations ont été découvertes qui relevaient de la maltraitance. On a été amené à comprendre qu'un enfant qui recevait des claques à l'entrée comme à la sortie de chez lui était triste et ne pouvait franchir certains caps, sauf à mettre en place une pédagogie et un accompagnement spécifique.
Nous précisons toutefois que ces situations restent marginales et ne concernent que 4 enfants.
La meilleure connaissance a permis d'établir une confiance mutuelle. Si un point négatif existe, les parents le signalent plus facilement et cela permet de mieux comprendre une situation. Notre souhait est de poursuivre ces visites.
Cela donne l'occasion de donner des conseils aux parents, qui le plus souvent par ignorance sont soit dans l'hyperprotection soit dans un regard négatif et un délaissement de leur fils ou de leur fille.

Nous pensons que cette démarche a un caractère reproductible à condition de bien l'instaurer dans une volonté de dialogue ouvert, tout en respectant la sphère privée de la famille. Le questionnaire a déjà été complété et peut être amélioré pour permettre une individualisation plus grande des situations.
Langue d'origine : Français
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