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Accueil La construction de l'individualité à travers une pédagogie spécialisée au Centre de la divine providence, Zgharta, Liban


La construction de l'individualité à travers une pédagogie spécialisée au Centre de la divine providence, Zgharta, Liban

  • Vie sociale et quotidienne : Vie personnelle et affective
  • Asie : Liban
  • Fiche d'expérience

Par Handiplanet le 04/08/2010

Un centre pour enfants déficients intellectuels, basé sur la construction de l'individualité
Le Centre et ses caractéristiques

L’association a débuté son activité en 1997. Le centre est situé dans la ville de Zgharta, près de Tripoli au nord du Liban. Il accueille 14 enfants de 8 à 14 ans, dans trois classes distinctes regroupées par niveau d’âge. Après 14 ans ils rejoignent les ateliers où ils reçoivent une formation professionnelle. Les enfants souffrent pour la plupart d’une déficience intellectuelle et sont en majorité trisomiques. Deux d’entre eux, une fille et un garçon sont infirmes moteur-cérébraux.

Le milieu sociologique des enfants sont des familles pauvres pour la plupart. Seules 5 ou 6 familles ont la capacité de payer les 300 $, correspondant au coût annuel. Les études des enfants sont financées, en partie par le Ministère des Affaires sociales et largement par des bienfaisance dans notre région, dont certaines fixes, versées tous les trois mois. Nous sommes en collaboration avec la Mutualité chrétienne en Belgique et Caritas de Salzbourg en Autriche.

Les enfants sont accueillis dès 8h du matin et repartent vers 14h. Le centre fournit un goûter mais ils amènent avec eux leur repas.

C’est le seul centre spécialisé de ce type à Zgharta. Il existe des classes parallèles intégrées avec un pédagogue spécialisé dans l’école régulière, mais il faut déjà des capacités que nos enfants n’ont pas. Nous sommes obligés de refuser des enfants car nos locaux ne sont pas assez grands.

La finalité du choix pédagogique basé sur la construction de l’individualité

Au Liban, comme dans d’autres pays peut-être, on voit le handicap avant de voir la personne elle-même. Ce regard n’est pas valorisant. C’est un problème pour eux, cela les enferme. Nous avons donc fait le choix de travailler l’individualité de la personne, au travers de nos actions pédagogiques mais aussi auprès des familles et de l’entourage. Car si certaines mettent leur enfant au centre de la vie de la grande famille et le font participer aux activités, d’autres sont presque en situation d’exclusion. Ils n’existent pas vraiment en tant qu’individus à part entière. Beaucoup d’institutions travaillent dans le même sens, mais le handicap mental reste un tabou malgré tout. La construction de l’individualité est donc aussi un objectif auquel nous associons les familles.

L’activité pédagogique, le déroulement d’une journée

La base est qu’au début de chaque année scolaire, nous travaillons sur des objectifs annuels puis mensuels, généraux et spécifiques pour chaque enfant et non pas pour la classe.
Avec ce programme hebdomadaire discuté en équipe, l’éducatrice organise sa journée avec plusieurs niveaux dans la classe.

La journée est découpée en séquences le matin :
-la prière, 14 résidents, on se réunit ensemble à 8h, puis le rituel. Ensuite:
-mathématiques
-arabe
-1/2h pour pique nique à 9h45
-Autonomie : travail autour du brossage des dents, hygiène
- récréation à 10h20

Puis, il y a trois périodes de 20 à 25 minutes consacrées à la grande motricité et à la motricité fine.

Les sciences sont enseignées sur des supports très simples bien préparées pour eux par les enseignantes.

La grande motricité se fait avec des appareils adaptés. Cela développe la latéralité , l’équilibre et l’appropriation de son corps par l’enfant.
Le développement de la motricité fine se fait à l’aide de différents supports, dont l’informatique,
Les élèves ont un document sur toutes les matières abordées au long de la semaine.

L’évaluation des acquis est faite tous les trois mois par un examen qui donne lieu à une gratification pour l’élève pour les motiver, les premiers reçoivent des cadeaux.

Nous reprenons en équipe les résultats que nous livre l’éducatrice, de manière à adapter le programme en fonction des progrès de chacun. Une réunion mensuelle de deux heures réunit l’équipe pédagogique avec l’orthophoniste et le directeur pour faire le point sur l’évolution de chaque enfant et affiner encore le projet individualisé.
Une éducatrice est responsable d’une classe. Nous avons privilégié des classes d’âge, petits, moyens, grands. Les niveaux sont donc différents en fonction des besoins spécifiques. Le programme est adapté. Ce travail se fait avec la coordinatrice pour toute l’année et pour chaque mois. Les éducatrices créent alors les fiches qui serviront de support. Il n’y a pas au Liban de programme spécialisé tout fait, même si nous sommes en lien étroit avec l’Université St Joseph qui a un département d’orthopédagogie. Il y a peu de lien entre notre centre et le ministère de l’éducation qui ne fait aps de contrôle sur notre programme.

Les moyens

Notre équipe se compose de trois éducatrices dont deux sont jardinières d’enfants et une est orthopédagogue. Elles suivent les trois classes au quotidien.
Il y a une coordinatrice et une assistante sociale. Cette dernière intervient surtout dans le lien et auprès des familles. Les parents viennent la rencontrer pour des médiations, mais elle fait aussi des visites à domicile. Elle a aussi un rôle administratif, mais est toujours au courant du programme pédagogique en collaboration avec la coordinatrice.
Une orthophoniste vient 2 jours par semaine dans l’institution. Elle fait une intervention individuelle avec chaque enfant selon son cas, et collabore avec l’éducatrice.

Le Ministère des affaires sociales assure des formations auxquelles nous sommes tenus d’assister, à raison de deux à trois par année. Si nos moyens nous le permettent nous participons aux formations continues de l’Université St Joseph, qui a une antenne à Tripoli, ainsi qu’aux conférences organisées sur le sujet.

Nous disposons de trois classes où se fait aussi la motricité fine et d’un espace aménagé pour la grande motricité. Les jeux éducatifs sont achetés dans le commerce ainsi que les appareils de psychomotricité. Pour le reste les outils pédagogiques sont produits sur place.
Des sorties organisées nous amènent à la ferme, ou en camp en juillet avec le soutien de la mairie, mais il n’est pas assuré.

Enseignements, évaluation de l’action

On peut mesurer le travail accompli avec les enfants qui ont grandi et sont maintenant dans les ateliers occupationnels. Même s’ils n’ont pas les connaissances pour rejoindre l’école régulière à 15 ans, les acquisitions scolaires de base leur permettent de comprendre et d’assimiler les étapes d’un travail.

Nous pensons que nous sommes dans la bonne voie, car c’est au niveau des familles que les changements sont les plus visibles. Ils sont vus d’une autre façon, avec de réelles capacités au lieu de simples incapacités, avec un rôle à jouer dans la famille. Ce sont de petits résultats, mais cela nous pousse à continuer dans ce sens. Lors de ses visites à domicile, l’assistante sociale rapporte que le regard change, la communication et le comportement avec l’enfant sont différents.

Nous avons aussi des échanges avec les élèves d’une autre école qui passent la journée au centre. C’est aussi l’occasion de faire changer le regard des enfants sur ces enfants différents. Il n’y a pas qu’une seule voie à suivre pour ce grand défi. Tous les moyens doivent être utilisés. L’échange d’expérience est un grand support pour nous.
Langue d'origine : Français
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