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Témoignage de Mme Rosine Ahonlonsou , directrice de l’école inclusive Hibiscus à Cotonou

  • Enfance : Éducation spécialisée
  • Afrique : Bénin
  • Témoignage

Par Handiplanet le 28/12/2016

Mme Ahonlonsou a créé l'école Hibiscus en 1990. Ayant rencontré peu après la RBC, - Réadaptation à Base Communautaire-, elle a ouvert son école aux enfants avec des besoins spécifiques, ayant une déficience intellectuelle ou une infirmité moteur-cérébrale. L’école est ordinaire mais inclusive ayant une section maternelle et primaire. Elle est située dans un quartier de Cotonou à Akpakpa et accueille aujourd'hui environ 200 enfants dont 30 ont un handicap.

Témoignage de Mme Ahonlonsou Rosine, directrice de l’école inclusive Hibiscus à Cotonou

 

J’étais au départ enseignante en Histoire/ Géographie. J’ai eu l’occasion d’enseigner cette discipline en Lycée au Gabon. Tous les jeudis il y avait des conseils de discipline. J’ai touché là du doigt, ce que j’appelle ‘les problèmes inutiles’ à savoir les comportements transgressifs développés par les enfants. Problèmes que les grandes personnes auraient pu éviter s’ils avaient une relation harmonieuse avec leurs enfants. Je relie ça principalement  au manque d’écoute. Je me suis dit : «  fini le secondaire, je retourne à la base et je donne mon temps à ces petits enfants qui ont besoin de parler et d’être écoutés ».  

En 1990, de retour du Gabon, je crée l’école Hibiscus pour les tous petits en maternelle.   

J’ai ensuite rencontré la RBC – Réadaptation à Base Communautaire-, et le monde du handicap. C’était très émouvant, je n’avais jamais vu autant de souffrance. Mais tous les jours il y avait un fait qui me disait que l’enfant handicapé n’est pas  ce que l’on croit. J’ai commencé à prendre gratuitement à l’école un enfant ayant un handicap, puis deux puis trois.

Les parents ne souhaitant pas que leurs enfants aillent ailleurs après la maternelle, j’ai ouvert le primaire aux Hibiscus. Je découvre alors que les enfants handicapés en primaire se débrouillent aussi bien que les enfants non handicapés. Je me souviens d’un enfant qui a eu la poliomyélite. Fragile, il était tellement couvé par sa maman qu’il en avait développé une crainte de l’autre et de l’environnement presque pathologique. L’affection qu’il a reçue ici à l’école lui a permis de sortir de ce monde d’angoisse et de se socialiser. Aujourd’hui il a son bac et travaille dans un bureau d’audit.

Nous accueillons environ 200 enfants dont 30 enfants handicapés, parmi lesquels des enfants IMC – infirmes moteur d’origine cérébrale -, autistes, déficients auditifs, trisomiques, ayant un retard intellectuel d’origine indéterminée ou polyhandicapés.

L’accueil des enfants handicapés change notre vision du monde. En les acceptant, j’ai remarqué que notre méthode pédagogique n’était pas adaptée. Leur attention ne pouvait pas être aussi soutenue que les autres. Cela m’a amenée à former et sensibiliser les maîtres, à leur montrer tout ce qu’ils peuvent gagner à changer leurs méthodes d’enseignement.

Mes filles ont fait le programme français au lycée, moins rigoureux que le programme national du Bénin. Je m’en suis inspiré car il comporte des schémas et autres variances permettant à l’enfant de comprendre plus vite que par la lecture ou la copie de toute une série de mots. Si l’enfant ne trouve pas son compte, il s’ennuie. J’ai acheté des puzzles, des jeux de cartes et un Ludo, pour l’éveil mental. J’ai adapté des méthodes plus souples. Le travail du maître était de donner le minimum agréable et quand je percevais que l’enfant était intéressé, je faisais de la consolidation le soir. C’est ainsi que j’ai remarqué que certains enfants comprenaient très bien le programme et que je pouvais les envoyer aux examens.

Actuellement un psychopédagogue, un psychologue, un kinésithérapeute, un orthophoniste interviennent auprès des enfants en soutien aux enseignants. On a formé des enseignantes à la psychomotricité. Les enfants qui doivent faire des cours  spécialisés sortent de la classe pour le temps de leur cours et y reviennent.

Nous avons mis en place le projet éducatif individualisé pour tous les enfants handicapés. Alors qu’auparavant c’était le psychopédagogue qui les élaborait,  aujourd’hui, ce sont les enseignants qui le font sous la supervision des psychopédagogues.

Les enseignants, lorsqu’ils ont un enfant en difficulté dans leur classe, varient leur enseignement et l’adaptent. Ils ont une véritable fierté de permettre à tous ces enfants d’atteindre l’objectif avec leur différence.

Trois des cinq enfants handicapés que nous avons envoyés à l’examen cette année, ont réussi. Nous avons demandé pour eux  des conditions atténuantes, comme du temps supplémentaire de 15 à 25 minutes. Le combat que je mène maintenant, c’est de permettre qu’on évalue ces enfants à l’oral et que l’on puisse leur faire des épreuves différentes avec des QCM (questions à choix multiples), des croquis et pas seulement du théorique.  

Les enfants autistes ont des auxiliaires de vie scolaire depuis cette année. Ils continuent à courir et à crier, mais cela ne perturbe ni n’émeut  plus personne. Les AVS interviennent dans la classe auprès de l’enfant. Malgré le coût élevé certains parents l’ont accepté. Cela n’exclue pas l’intervention de maitre et l’AVS suit le PEI (Projet éducatif individualisé) de son élève.

Certains enfants ne sont pas scolaires. Ils n’ont pas la possibilité de faire des acquisitions  scolaires. Ils sont malgré tout dans les classes. Au bout d’un moment, l’enfant sort, il prend un jeu éducatif, jusqu’à ce qu’il retrouve les autres dans la cour.

En plus des 8 enseignants qui ont chacun une classe, quatre enseignants formés spécialement et trois AVS constituent l’équipe pédagogique. Certains maîtres s’occupent d’un quota d’enfants handicapés dont ils sont responsables.

C’est beau de voir des enfants non handicapés et des enfants handicapés vivre ensemble dans notre école. Parfois on tombe des nues. Il y a des gestes qui sont extraordinaires. Je suis convaincue que nos enfants sauront vivre dans l’acceptation de la différence. Si la société ressemble à ce qui se passe dans notre école, alors je suis optimiste.   Personne ne peut vivre seul heureux. Je souhaite que le système de l’inclusion se généralise partout dans les écoles. Des enfants heureux font des adultes épanouis.

 

Mme Ahonlonsou Rosine

Ecole inclusive les Hibiscus.

Quartier Jak Cotonou

 

 

Langue d'origine : Français
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